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donnée par Pierre
LAZARD Ingénieur
CER IBM France, Professeur Enseignement Supérieur Professeur d’Aïkido et Taï-Ji Chuan au Congrés des Psychomotriciens à Lille en Octobre 2003 De
l’Espace Intime au Japon en Général et
dans le Dojo
d'Aïkido en particulier Cette
présentation vient compléter l’outil pédagogique et thérapeutique
développé et enseigné lors de séminaires de formation du SNUP par les
psychomotriciens Jean DREUILHE et
Jean-Pierre LACOMBE. Cette approche
remarquable est décrite en détail au n°123 de la revue «Thérapie
Psychomotrice et Recherches» sous le titre : «Aïkido et Thérapie
Psychomotrice». A
partir de réflexions sur l’espace intime au Japon puis dans le dojo d’Aïkido
en particulier, nous examinerons quelques conséquences sur la pédagogie et le
comportement social des enfants. 1.
De
l’Espace Vital au Japon à la Bulle du Japonais
Par
rapport à la France, le Japon est deux fois plus peuplé et deux fois moins étendu.
Si l’on considère qu’approximativement 80% du territoire français est
habitable et cultivable, ce nombre n’est que de 10% au Japon (régions
montagneuses et hostiles). Ainsi la densité par habitant au m2 est
environ 32 fois plus grande au Japon qu’en France. Une
solution contre la densité qui consiste à s’entasser dans la 3ème
dimension comme dans les tours de Monaco, Hong-Kong, Singapour, etc.… n’est
pas applicable à grande échelle au Japon où la menace constante des séismes
oblige la grande majorité des habitations à ne comporter que un ou deux étages
maximum : la parade anti-sismique la moins chère ! La surface au sol étant faible, le nombre
d’habitants élevé (5 millions pour le seul quartier de La
"bulle" du japonais étant extrêmement restreinte, il économise
systématiquement l’espace, mais aussi le temps, les paroles, les gestes…,
il ne se "répand" pas, il ne s’épanche pas. Au
Japon l’espace est précieux, le vide est précieux, et la philosophie Zen est
là pour consolider ce sentiment : l’espace "zen" (dépouillé)
remplace le peu d’espace, la quantité par la qualité émotionnelle débouchant
sur le calme, la plénitude, l’équanimité (l’espace clos de notre jardin médiéval
avait également pour but la "mise en ordre" du chaos de la forêt – de nos
émotions – avant de pénétrer dans le foyer, l’espace sacré). 2.
L’Aïki-Do
L’Aïki-Do
n’est pas médiatisé. Ne comportant ni compétition, ni perdant ni gagnant,
il n’intéresse ni les médias, ni les sponsors. Il est peu connu et il est à
tord amalgamé aux techniques conflictuelles guerrières telles que le judo, le
karaté, le kendo, etc.… L’inventeur
de l’Aïki-Do : Maître UESHIBA
(mort en 1969) est le seul expert en arts "martiaux" à avoir été sacré
"Trésor Vivant", honneur suprême conféré à des êtres d’exception au
Japon. Il a conçu sa méthode à la suite d’une révélation-illumination ("satori")
et l’étymologie "Aï" : Union, "Ki" : Energies,
"Do" :
Voie, est très explicite : Voie de développement de la conscience par la
pratique de l’harmonie. UESHIBA parlait
constamment de cet "Art de Paix", de réconciliation, de communication et d’échanges
féconds. Mars, dieu de la guerre et des mêlées confuses n’a évidemment pas
sa place dans cette discipline qui nécessite et incite à l’accueil,
la rencontre et l’offrande, autrement dit au partage et à l’échange
bienveillant. Cette
technique gestuelle et comportementale, rigoureuse à l’extrême, vise à
inverser radicalement les réflexes de la peur. Rappelons que la peur induit la
mise en place d’une protection (plus ou moins lourde) donc une
"coupure", et la fuite (évitement) donc à nouveau une "coupure"
(à noter que l’agression est une "fuite à l’envers"). L’ensemble
accumulé de ces protections, sans cesse renforcées, et les distances, régulièrement
augmentées, induisent un sentiment d’isolement et d’inconfort et cette
souffrance, à partir d’un certain seuil, entraînera un comportement social
inadapté. Si
l’on considère par ailleurs que la peur augmente la haine et vice et versa,
nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux très solide et l’on ne pourra
espérer "aimer" qu’en se débarrassant au préalable de ses peurs. Nous
en arrivons à l’objet de nos peurs. Il me semble que le ressort principal est
la peur de la différence, de l’ "in-connu". Cette
chose, ce quelqu’un d’inconnu (un concept, une croyance, une distinction
d’appartenance raciale, politique, sportive, géographique, historique …)
cette différence sera perçue comme : - Opposée
(hostile et effrayante) par un individu en proie à la peur, et induira des réflexes
de "protection-séparation" conflictuels donc stériles, ou au contraire: - Complémentaire
(bienveillante, utile) par un individu suffisamment rassuré. Il sera alors
enclin à rencontrer, accueillir et se nourrir de cette différence dans une
relation harmonieuse et féconde. 3.
Pédagogie
de l’Aïkido
Elle
consiste à des mises en situations pour : -
apprendre
à transformer les réflexes de "protection-fermeture" en "ouverture-accueil" - apprendre
à transformer les réflexes de "fuite-séparation" en rencontre - acquérir
une gestuelle technique rigoureuse et dissuasive en forme d’offrande. Ce
travail s’effectue sans agressivité (pas d’adversaires mais des
partenaires), sans malhonnêteté (ni "bottes secrètes", ni stratégie
trompeuse) et sans peur de l’ "ennemi inconnu" puisque pas d’objectif
de victoire (humiliante). Cet
ensemble de techniques se nourrit de l’accueil de l’autre et permet : -
une
interpénétration "bienveillante"
des "bulles" - une
notion de "distance à l’autre"
qui évolue vers un rapprochement - une
"inversion
des flux émotionnels" répulsion-séparation vers un accueil-coopération-réconciliation. La
règle consiste à respecter le partenaire et ne pas bousculer, ni déranger, ni
blesser les autres couples travaillant dans l’espace clos du tatami. La
proximité développe lentement la tolérance. A terme, l’acquisition de ce
"savoir-faire, savoir-être" dissuasif
mais non destructeur permet d’envisager sans peur de nouveaux échanges
sans passer par la négation ou la destruction, même symbolique, de l’autre. Pouvoir
ainsi "s’imposer sans s’opposer" change radicalement la
gestion de l’ego et les échanges avec l’environnement. L’Aïkido
étant une discipline complexe, il convient d’aménager des séances d’une
heure au maximum en trois périodes de 20 minutes
Travail pour soi, gymnastique traditionnelle, étirements, appareil
cardio-respiratoire,
Travail
complexe à deux, réflexion, échanges, partage de compétences. Le plus La
cour de récréation participe à la "culture de l’école". Lors d’interventions Aïkido
en écoles primaires, j’ai remarqué que, dans cet espace social : Ainsi
l’Aïkido donne l’occasion aux garçons d’expérimenter un comportement de
type "féminin" durant la partie "étude technique" (travail à deux,
complexe, calme, dans peu d’espace) et aux filles d’expérimenter un
comportement de type "masculin" durant la partie "jeu collectif" (tout le
groupe s’affronte bruyamment, en désordre, avec des règles simplistes, en
occupant tout l’espace). Il
me semble que ces croisements peuvent laisser des traces socialisantes durables
chez ces enfants qui deviendront plus tolérants dans leurs relations garçons-filles. 4. Conclusion
L’Aïkido
offre une approche pédagogique originale et unique dans le monde du sport, qui
permet une gestion rationnelle de l’intégrité physique, du confort et du
plaisir sans fracture entre les bulles de chacun. On trouve dans l’Aïkido les ingrédients
permettant de diminuer la peur et donc un L’Aïkido
oriente vers de nouvelles formes relationnelles qui entraînent un
enrichissement mutuel. On y apprend à aider au lieu de contrarier,
à accueillir au lieu d’infliger, à croiser des expériences
sociales de sexes opposés. Cette
qualité de la relation en Aïkido est probablement imposée par le peu
d’espace dont disposent les japonais et qui a peut-être incité le fondateur
à développer cette alchimie visant à marier des polarités opposées et à
transmuter nos peurs intestines en plaisir de la "rencontre accueillante
avec intention d’offrandes". L’essence
de l’Aïkido, si difficilement transmissible littérairement, ne saurait
s’appréhender en quelques lignes…, néanmoins, les principes pédagogiques
qu’en ont tirés Jean DREUILHE et
Jean-Pierre LACOMBE, débarrassés de
tout exotisme abscon, peuvent s’apprendre et s’assimiler rapidement lors de
séminaires SNUP afin d’être utilisés rapidement et concrètement dans le
quotidien de la psychomotricienne et du psychomotricien. Le
texte de cette conférence est disponible dans la revue "THERAPIE
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